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Henri IV - le règne interrompu

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C’en est fait je ne verrai plus

Pierre Guédron

Source musicale : ‘Soupirs Meslés d’Amour – Pierre Guédron : airs de cour’ ; Claudine Ansermet, soprano ; Paolo Cherici, luth ; Symphonia SY 96153 (1997), avec l'aimable autorisation de MusiContact.

Légende

Publié pour la première fois en 1613, cet air de cour attribué à Pierre Guédron et dédié à Marie de Médicis révèle une belle déploration de la reine sur la mort d’Henri IV, survenue le 14 mai 1610. Il proviendrait du Ballet de Madame ou Ballet des Météores, dansé à Fontainebleau le 17 novembre 1613 en l’honneur du mariage d’Élisabeth de France, fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, avec le prince des Asturies, futur Philippe IV d’Espagne. Le décalage chronologique pourrait expliquer le caractère doucement mélancolique de cette complainte, qui dépeint une douleur encore vive mais qui s’estompe peu à peu.

Compositeur

Pierre Guédron

v. 1565-1620

Le benjamin des trois grands compositeurs de la cour d’Henri IV est né à Châteaudun vers 1565 ou 1567. Contrairement à ses aînés Claude Le Jeune et Eustache Du Caurroy, Pierre Guédron ne s’illustra que dans le domaine de la musique profane, dont il devint rapidement un des principaux maîtres.

C’est en 1583 que son nom apparaît dans les archives pour la première fois : il est cité parmi les cinq chantres de la Chapelle de Louis II de Guise, cardinal de Lorraine, venus se produire au puy de musique d’Évreux en 1583, où il chanta « la haute-contre fort bien », bien qu’il fût « en mutation de sa voix », c’est-à-dire âgé d’environ 15 à 18 ans. La date de son arrivée à la Cour est inconnue. Peut-être rejoignit-il les chantres de la Musique du roi après la mort du cardinal de Lorraine, en 1588. Les comptes de la Cour ne mentionnent son nom qu’en 1599, comme Maître des enfants de la Musique de la Chambre. Il devint Compositeur de la Musique de la Chambre au plus tard en mars 1601, en remplacement de Claude Le Jeune, mort l’année précédente. Il allait obtenir la consécration sous le règne de Louis XIII, en obtenant en 1613 les charges de Surintendant de la Musique de la Chambre du roi et de Maître de la Musique de la reine mère Marie de Médicis, cédant sa charge de Maître des enfants à son gendre Antoine Boesset (1587-1643). Guédron se fit rapidement un nom en développant de manière décisive l’air de cour, genre musical profane à la mode dont il devint rapidement le maître incontesté. Après quelques pièces insérées discrètement dans des anthologies anonymes (1595, 1596 et 1597), Ballard publia en 1602 le premier recueil exclusivement consacré aux airs du musicien, marquant ainsi le début de sa notoriété. Guédron fournit également la musique les airs et récits vocaux des principaux ballets dansés à la cour de France entre 1598 et 1620, du Ballet des Étrangers au Ballet d’Alcine. Considéré comme le meilleur artisan de l’avènement de la monodie accompagnée en France, il mourut dans le courant de l’année 1620, vers le 9 juillet.

185 de ses airs de cour et de ballet nous sont parvenus, dans des versions à 4 ou 5 parties ou pour voix et luth, parues dans des recueils anthologiques ou monographiques à partir de 1595. La plus grande partie figure dans six recueils polyphoniques signés de l’auteur et publiés par Ballard, « imprimeur du roy pour la musique », entre 1602 et 1620.

Texte

À LA REYNE.
C’en est fait je ne verray plus
L’Astre que la mort a reclus
Sous une dure & froide lame,
Pour rendre un tombeau glorieux
Et remplir de douleurs mon ame,
La mort en a privé mes yeux.

Ce bel Astre ornement des Roys,
Dont la France observoit les loys,
Heureuse en un si doux Empire :
Maintenant honnore un cercueil,
Afin que mon cœur qui soupire
Soit à jamais comblé de dueil.

Me faut-il resoudre à ce point
De vivre & de ne le voir point,
Luy qui fut ma gloire & ma vie :
Le soin des choses d’ici bas
Me pourroit-il oster l’envie
De l’accompagner au trespas ?

Non, non, banissant tout plaisir
Je n’auray plus d’autre desir
Que de le revoir & le suivre :
Et si je vis en ce tourment,
C’est mon malheur qui me fait vivre
Pour mes ennuis tant seulement.

Mais que j’ay l’esprit incensé
De croire ayant le cœur blessé,
Et l’ame encor’ m’estant ravie,
Que je sois vive en ce malheur,
Helas ! je suis morte à la vie,
Mais je suis vive à la douleur.

Alceste ainsi Reyne des cœurs
Soupiroit les fieres rigueurs
Dont son infortune l’outrage,
Quand elle oyt une voix des cieux
Qui par le son d’un doux langage
Essuya les pleurs de ses yeux.

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