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Henri IV - le règne interrompu

Le ballet de cour

Né à la cour brillante des derniers Valois – le Balet comique de la Royne, dansé en octobre 1581 à l’occasion des noces du duc de Joyeuse et de Marguerite de Lorraine-Vaudémont, soeur de la reine Louise, peut être considéré comme le premier exemple abouti du genre –, le ballet de cour fut, jusqu’au règne de Louis XIV, le divertissement le plus emblématique de la cour de France. Spectacle total, composite et éphémère alliant poésie, danse, musique et arts visuels, le ballet de cour s’articulait autour d’airs et récits vocaux descriptifs ou encomiastiques, qui servaient de fil conducteur à une action davantage concentrée dans les nombreuses « entrées » instrumentales sur lesquelles évoluaient les danseurs, masqués et vêtus de costumes somptueux, suffisamment suggestifs pour permettre l’identification du personnage qu’ils étaient censés « représenter ». Construits sur des sujets allégoriques, à trame mélodramatique issue de la fable mythologique ou du type plus léger de la mascarade, les ballets dansés à la cour de France avaient toujours un lien étroit avec l’actualité, de la plus sérieuse à la plus anecdotique, et répondaient tous à un même dessein de représentation et d’affirmation du pouvoir.

Les personnages principaux étaient dansés par des amateurs, courtisans et familiers du couple royal. Dans le « Ballet du roi » et le « Ballet de la reine », les souverains eux-mêmes se mêlaient aux seigneurs et aux dames, participant ainsi à la représentation de leur propre image. Après les nombreuses « entrées », prétextes à des évolutions et pantomimes parfois complexes, le spectacle s’achevait par le « grand ballet », apothéose qui conviait dans un dernier tableau chorégraphique l’ensemble des danseurs qui s’étaient succédés lors des différentes entrées.

Habituellement dansés durant le Carnaval, les ballets étaient donnés dans les lieux de résidence de la cour ; à Paris, ils se tenaient le plus souvent dans la salle du Petit-Bourbon, située le long du quai de la Seine entre le Louvre et l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, au niveau de l’actuelle Colonnade. La salle était aménagée de gradins et d’échafauds qui permettaient aux spectateurs de surplomber l’espace afin d’admirer les évolutions chorégraphiques, la plupart du temps symboliques. Le ballet s’enchaînait généralement par un bal qui emmenait la cour jusqu’à l’aube.

La réalisation d’un ballet de cour nécessitait la complicité de nombreux intervenants. Le dessein général était généralement confié à un seigneur, chargé de concevoir et diriger le projet en répartissant les tâches : tandis qu’un ou plusieurs poètes de la cour s'occupaient de rédiger les vers, la musique vocale incombait au Surintendant de la Musique de la Chambre ; la musique instrumentale était confiée aux meilleurs membres des Violons du Roi, en concertation avec le « maître de ballet » chargé de régler les pas sur les « air de violons », de superviser la scénographie et de veiller à la cohérence de l’ensemble.

Après les troubles civils, durant lesquels les divertissements furent moins nombreux, les ballets reprirent à la cour d’Henri IV, principalement entre 1598 et 1610. Si l’état des sources musicales et littéraires, fragmentaires, ne permettent pas d’en dresser une liste précise, il est néanmoins possible d’estimer à près de 200 le nombre de ballets de cour dansés durant le règne ; en voici quelques titres : Ballet des Étrangers (1598), Ballet des Coqs (1603), Ballet d’Andromède exposée au monstre marin (1606), Ballet des Paysans et des Grenouilles (1607), Ballet des Bacchantes (1608)… Le principal ballet allégorique du règne fut dansé au Louvre le 12 janvier 1610, puis à l’Arsenal les 17 et 18 du même mois, à l’occasion des noces de César de Bourbon, duc de Vendôme, fils naturel du roi et de Gabrielle d’Estrées. Tiré du Roland furieux de L’Arioste, le sujet allégorique de ce Ballet de Monseigneur le duc de Vandosme, ou Ballet d’Alcine (1610) montrait le triomphe de la raison et de la vertu sur les désordres de l’État – incarnés par Alcine –, eux-mêmes parfois provoqués par le trouble des sens : « Alcine, magicienne, esprise de la beauté de douze jeunes Chevaliers errans, ne les pouvant reduire à son amour, les enchante dans un palais, qu’elle rend invisible au milieu d’une grande forest ; où reconnoissant par ses arts qu’ils doibvent estre delivrez par la seule veuë du plus grand Roy de la terre : furieuse et fulminante, menace ses Demons, en mesprisant sa science, et leur foible pouvoir. »

Médias associés à cette fiche

Titre du média : Balet comique de la Royne

Ballet comique de la reine dansé au Louvre, 1581
© BnF
Légende :
Balet comique de la Royne, dansé dans la salle du Petit-Bourbon en octobre 1581 : « figure de la salle » Bibliothèque nationale de France.
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